Logo story : Le logo de Jurassic Park

Un logo culte pour un film culte. Il a fallu 65 millions d’années pour que le logo de Jurassic Park soit possible.

Logo Jurassic Park

Au début des années 90, Steven Spielberg est en pleine pré-production de son prochain film : Jurassic Park. Une adaptation du roman éponyme de Michael Crichton. Une condition fixée par Universal Studios pour qu’il réalise un projet qui lui tient plus à coeur : La Liste de Schindler.

L’équipe technique planche dur pour recréer les dinosaures à l’écran autant que l’équipe marketing pour vendre le long métrage. Il ressort un besoin essentiel pour ce film de commande : la nécessité d’un logo.

Au commencement du logo de Jurassic Park

Il ressort la nécessité de disposer d’un logo pour deux raisons : l’une très clairement marketing et l’autre pour la crédibilité de l’histoire. Comment montrer en effet un parc d’attractions sans montrer son identité visuelle ? Son guide de visite ou encore ses panneaux d’affichage ? Cette deuxième raison est d’ailleurs l’une des exigences de Spielberg comme celle de ne voir aucun dinosaure en chair et en os sur le logo (comme Crichton le souhaite). Ajoutons à ces contraintes le fait qu’il n’existe pas (du moins pas encore) de « dinomania ». Ou encore que le livre n’est pas encore très connu et vous comprendrez, peut-être, l’appréhension de l’équipe marketing du film. Ils songeront même à un moment donné de renommer le film « Dinosaur Park » de peur que le public ne comprenne pas le mot « Jurassic ».

Au commencement du logo, il y a le visuel du livre. Ce dernier est composé de la silhouette du fossile présenté à l’American National Museum History à New York (le musée est très réputé pour ses fossiles de dinosaures). Un classique instantané tant ce visuel est efficace. C’est d’ailleurs ce visuel qui composera le logo du parc et du film, mais il n’en était pas forcément question à l’origine.

Tableau humeur Moodboard

Rendre crédible un parc avec des dinosaures

Face aux enjeux marketing, il fallait aussi faire face au calendrier. Le logo devait être utilisé pendant le tournage… Il fallait donc en trouver un très rapidement. Universal a donc embauché des créateurs de renom en plus de mobiliser ses équipes internes. Mike Salisbury en a fait partie. Au final, Tim Martin, le vice-président d’Universal en charge de la publicité, aura fait réaliser près de 100 versions différentes du logo. Certaines versions s’inspirant ainsi du tyrannosaure de King Kong de 1933 ou encore des peintures du Charles Knight.

Toutes ces versions ont été refusées. L’impasse a finalement ramené toutes les équipes à la case départ. La création du logo du parc et donc du film est repartie depuis la couverture du livre. L’équipe de John Bell envoya finalement le croquis de la couverture en miniature encerclé avec le titre du film dans une barre horizontale. L’équipe de Tim Martin étoffera la proposition en y ajoutant une jungle en bas pour laisser transparaitre l’immensité et le danger des dinosaures.

La typographie de Jurassic Park

Le visuel du logo était donc tout trouvé mais comment écrire le titre du film ? Salisbury a eu l’idée d’utiliser la typographie Neuland. Une typographie très critiquée. Elle fait partie des typographies considérées comme de la « stéréotypie ». Un type de typographie souvent utilisé de manière réductrice (voire raciste) pour évoquer des cultures, nations voire continents qualifiés parfois de sauvages, de tribal, voire de primitif. C’est le cas aussi pour la typographie Papyrus (la typographie utilisée pour le film Avatar). Neuland évoque ainsi ces ressentis en raison de son côté ciselé comme taillée à la main.

La typographie Neuland a été conçue en 1923 par Rudolf Koch, à l’origine aussi de la police d’écriture Blackletter (ou lettre gothique). Un autre exemple de stéréotypie qui évoque la culture allemande dans les années 10.
Neuland est une police de caractère qui a suivit le même principe que la typographie Blackletter. Elle s’inspire ainsi largement d’œuvres d’art religieux d’Europe occidentale. Elle possède cependant plusieurs particularités. Premièrement, elle est composée de caractères occupant le plus d’espace possible tout en ayant un minimum d’espace entre eux. Deuxièmement, chaque taille de caractères comporte ses propres lettres. Autrement dit, les lettres sont légèrement différentes à chaque taille. Une typographie largement boudée désormais. Elle est ironiquement le miroir de l’histoire : une décision purement esthétique plus que logique comme le fait de combler de l’ADN de dinosaures par celui de grenouilles.

Jurassic Park et ses suites

La sortie de Jurassic Park en 1993 a été un succès stupéfiant. Ce fût aussi un bouleversement dans l’industrie cinématographique avec ses effets spéciaux révolutionnaires et un marketing d’ampleur. Jurassic Park est considéré comme une évolution marquante dans l’art de vendre un film.

Michael Crichton sort en 1995 la suite de Jurassic Park, intitulé Le Monde Perdu (en référence à l’oeuvre éponyme de Sir Arthur Conan Doyle). Universal a très vite souhaité lancer le tournage de cette suite.

Les mêmes sont rappelés sur le terrain : Chip Kidd rempile pour le visuel du livre. Il reprend la même recette que pour le précédent mais recadre la silhouette du Tyrannosaure sur la jaquette. L’association de la silhouette du dinosaure et du nom de Crichton est une combinaison gagnante. A un point tel, que l’éditeur ne rajoute même pas de référence au précédent opus. Universal quant à eux, moins confiants, n’ont pas pu s’empêcher de rajouter le nom de Jurassic Park en plus du titre du film.

Les suites du 1er film ont toutes subies quelques modifications. Pour Le Monde Perdu (second volet) c’est une version sur de la roche. Pour Jurassic Park III c’est une une version métallique émaillée de griffures arborant un autre dinosaure (le spinosaure). La seconde trilogie de la franchise baptisée Jurassic World possède quant à elle une version bleutée (qui se retrouve au final plus fidèle à la description du logo dans le roman original de Crichton). Le logo de Jurassic Park est à l’image de ses protagonistes, un ADN qui a sût évoluer suivant son environnement… un vrai logosaurus !